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Typologie des joueurs : Le modèle HEXAD

Par le MédecinGeek
Publié : Dernière mise à jour le 13 vues

Pour comprendre pourquoi certains jeux accrochent fortement, pourquoi certains joueurs ont du mal à décrocher… et pourquoi d’autres non, il faut s’intéresser aux motivations. En 2015, le chercheur en gamification Andrzej Marczewski propose une nouvelle typologie des joueurs et des utilisateurs le modèle HEXAD. L’objectif de ce modèle est simple :mieux comprendre ce qui motive les personnes à s’engager dans un système (jeu vidéo, application, réseau social, programme de formation, etc.).

Contrairement aux anciennes classifications, HEXAD ne s’intéresse pas à l’âge, au sexe, ni au type de jeu, mais à une question centrale : »Qu’est-ce qui donne envie de jouer, de rester, de revenir ?”
C’est pour cette raison que ce modèle est aujourd’hui largement utilisé par les créateurs de jeux vidéo, mais aussi par les concepteurs d’applications, de plateformes numériques et de systèmes de fidélisation
.

Les 6 grands profils du modèle HEXAD

Le modèle identifie six grandes catégories de joueurs. Un joueur n’est jamais enfermé dans une seule catégorie : il peut en combiner plusieurs, avec une dominante.

Le Philanthropist (l’Altruiste)

Ce qui le motive : Donner du sens, aider les autres, être utile.
Ce type de joueur aime aider les nouveaux joueurs, partager ses connaissances et participer à une communauté bienveillante
Il joue par plaisir d’aider, pas pour gagner. Dans les jeux vidéo : soigneurs, mentors, guides. C’est un joueurs investis dans l’entraide et le collectif
Point de vigilance : Ils peuvent s’épuiser ou rester connectés longtemps par sentiment de responsabilité envers les autres.

Le Socialiser (le Social)

Ce qui le motive : Le lien social.
Pour lui, le jeu est avant tout un espace de rencontre : discuter, jouer ensemble et appartenir à un groupe
Dans les jeux vidéo il est attiré par les guildes, les clans, le chat vocal. Il préfère les jeux en ligne coopératifs
Point de vigilance : La difficulté à se déconnecter vient souvent de la peur de rater quelque chose (FOMO) ou de décevoir le groupe.

Le Free Spirit (l’Explorateur)

Ce qui le motive : La liberté, l’autonomie, la créativité.
Il aime explorer sans contrainte, personnaliser son personnage et expérimenter
Dans les jeux vidéo il aime les mondes ouverts, les sandbox (Minecraft, Roblox…) et les créations personnelles
Point de vigilance : Ce n’est pas le joueur le plus à risque d’addiction, mais il peut perdre la notion du temps en explorant.

L’Achiever (le Performeur)

Ce qui le motive : Progresser, réussir, se dépasser.
Il aime les objectifs clairs, les niveaux, les défis et les statistiques
Dans les jeux vidéo il adore les succès à débloquer, les classements et l’optimisation des performances
Point de vigilance : C’est l’un des profils les plus exposés au jeu excessif, surtout quand les objectifs sont infinis.

Le Player (le Joueur “récompense”)

Ce qui le motive : La récompense.
Il joue pour gagner des points, débloquer des objets et obtenir des bonus
Dans les jeux vidéo il est attiré par les loot boxes, les récompenses quotidiennes et les systèmes de progression rapide
Point de vigilance : Ce profil est très sensible aux mécaniques proches du jeu d’argent et aux boucles de récompense.

Le Disruptor (le Perturbateur)

Ce qui le motive : Changer ou bousculer le système.
Il aime tester les limites, détourner les règles et provoquer
Dans les jeux vidéo il apprécie les comportements transgressifs, parfois du trolling mais parfois aussi des idées innovantes
Point de vigilance : Ce profil n’est pas forcément “toxique”, mais il peut devenir problématique s’il cherche l’attention par la provocation.

Les sous-profils dans le modèle HEXAD

Le modèle HEXAD reconnaît que chaque grande catégorie peut se décliner en sous-profils. Ces sous-profils expliquent pourquoi deux joueurs “du même type” ne se comportent pas de la même façon. Il y a 3 sous profils par catégories
Les voici présentées dans le tableau ci-dessous.

Tableau des sous-types selon le modèle HEXAD

Conclusion

La classification HEXAD apporte un éclairage précieux sur les usages des jeux vidéo en montrant qu’il n’existe pas un profil unique de joueur, mais une diversité de motivations qui expliquent l’engagement, le plaisir et parfois la difficulté à se déconnecter. En s’intéressant à ce qui motive le joueur plutôt qu’au temps passé devant l’écran, ce modèle permet de dépasser les discours réducteurs ou moralisateurs souvent associés aux jeux vidéo. Aucun des profils décrits par HEXAD n’est problématique en soi. Jouer pour aider les autres, pour progresser, pour explorer, pour être avec un groupe ou pour obtenir des récompenses fait partie intégrante de l’expérience ludique. Les situations de jeu excessif apparaissent surtout lorsque certaines mécaniques viennent solliciter de manière répétée une motivation dominante, sans que le joueur dispose de repères, de limites ou de recul suffisant.

Cette typologie constitue un outil de compréhension et de dialogue. Elle aide les joueurs à mieux identifier ce qui les attire dans un jeu, les parents à comprendre les usages de leurs enfants, et les professionnels à adapter leurs messages de prévention. Comprendre son profil HEXAD, ou celui d’un proche, permet souvent de reprendre du pouvoir sur ses pratiques numériques, non pas en supprimant le jeu, mais en redonnant une place choisie, consciente et équilibrée au jeu vidéo dans le quotidien.


Référence :

  • Marczewski, A. (2015). User Types. Dans Even Ninja Monkeys Like to Play: Gamification, Game Thinking and Motivational Design (pp. 65–80). CreateSpace Independent Publishing Platform.

    Remarque : il n’existe pas de DOI officiel centralisé pour la première description formelle du modèle HEXAD publiée par Marczewski lui-même, car il a été rendu public via un livre auto-publié/plateforme Gamified UK. Les validations empiriques ultérieures utilisent le Hexad Scale publié dans des actes de conférence (par exemple Tondello et al., CHI PLAY 2016) ou des articles de journaux, mais la référence originale du modèle est bien celle de Marczewski 2015

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